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Tendances du marché des trois-roues

Spyder F3

L’historique

Le marché de la motocyclette à trois roues a commencé avec des artisans qui ont adapté deux roues à l’arrière d’une moto, comme Denray au Québec. Les Harley-Davidson et les Honda Goldwing sont les motos les plus utilisées pour ces modifications. Elles sont destinées à une clientèle tourisme désirant plus de stabilité. D’ailleurs les trois-roues Harley sont maintenant fabriqués à l’usine de Milwaukee. Au Québec, Daniel Campagna a créé le T-Rex en 1994, un véhicule à trois roues sportif avec deux roues à l’avant et un moteur de moto greffé à l’arrière des deux sièges côte à côte. La clientèle est plutôt celle des autos sportives. Après quelques tribulations, la société Campagna existe encore à Boucherville et produit toujours le T-Rex avec maintenant le moteur six cylindres de la K1600 BMW. Un autre véhicule à trois roues a vu le jour chez Campagna, le V13R, propulsé par un moteur Harley-Davidson. Il faut prévoir un budget de départ de 58 000 $ pour rouler dans un Campagna de l’année.

Le fabricant québécois BRP a été le premier à oser l’aventure industrielle d’un trois-roues avec le Can-Am Spyder sport RSS en 2008. C’était un pari risqué, car la clientèle n’était pas celle de la moto traditionnelle. Le marché a demandé un modèle grand tourisme et Can-Am a répondu rapidement avec le modèle RT. Le pari était gagné : une clientèle perdue pour le marché de la motocyclette reprenait le guidon, séduite par la sécurité passive du Spyder, un concept que ne peuvent pas comprendre les motocyclistes purs et durs…

2015 : Can-Am attaque le marché custom avec le Spyder F3 et Polaris se lance dans l’aventure

L’année 2015 est riche pour les trois-roues. Polaris, alléché par les résultats inespérés du Spyder a décidé de prendre sa part du gâteau. Plutôt que d’attaquer frontalement BRP, Polaris a choisi le concept de Campagna : le trois-roues sportif avec un volant. C’est un véhicule de promenade qui se conduit avec le permis auto, alors que le Spyder est une motocyclette à trois roues qui nécessite une formation de sept heures. Dans les deux cas, le permis est plus accessible que celui de la motocyclette…

Le Polaris cible les amateurs de voitures convertibles avec son moteur issu de la Pontiac Solstice. L’offre est abordable, avec un prix de base à 21 990 $, et l’esthétique est au rendez-vous.

De son côté, après avoir développé le sport et le grand tourisme, Can-Am a décidé d’investir dans le marché du custom qui représente 60 % des ventes motos. Les concepteurs sont partis de l’idée d’un arrière de moto style Vmax ou Diavel et d’un avant de voiture de type « muscle-car » avec une calandre et des entrées d’air surdimensionnées. Le résultat est novateur et ne laisse personne indifférent. Le constructeur québécois en profite pour créer une collection de vêtements F3 qui devrait séduire également les non-utilisateurs, à la manière de Harley-Davidson qui a ouvert la route.

Les défis

Les nouveaux possesseurs de Polaris Slingshot devront prendre le temps de découvrir l’engin. Un trois-roues (sans les aides électroniques de type Spyder) n’aura jamais la stabilité d’une voiture en virages et demande une finesse de pilotage supérieure, qui en fait tout son charme. En démocratisant la pratique avec un prix abordable, Polaris va attirer une clientèle automobile qui pourrait être surprise par les réactions pointues du Slingshot, au même titre qu’une Ferrari ne se pilote pas comme un VUS. Ce sont les prix d’assurances et la possibilité de rouler avec un simple permis voiture qui sont en jeu.

Can-Am pourrait voir sa clientèle se diviser entre les amateurs de F3 et les pros-RT/ST/RS. Va-t-on voir des clubs spécifiques de F3 rouler ensemble et ignorer les autres Spyder? Ce n’est pas un gros problème. Et comme le Polaris Slingshot, le F3 risque de souffrir de ruptures de stock dues au succès.

Campagna, de son côté, devra faire face à la concurrence du Slingshot et aux dépenses liées au rappel par le ministère des Transports de 154 véhicules dont le système de bouchon de vidange doit être modifié pour éviter de s’arracher sur l’asphalte. Mais si le fabricant passe cette étape, il gagnera une clientèle qui a goûté au trois-roues grâce à Polaris et qui veut un véhicule plus exotique avec un moteur six cylindres BMW ou Harley Davidson.

Le marché des véhicules à trois roues est en pleine expansion; le nouveau Spyder et l’arrivée d’un nouveau joueur de taille comme Polaris en sont la preuve.

François Cominardi

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