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Mercury : La naissance d’un géant

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La domination nord-américaine de la compagnie Mercury ainsi que la dénomination MerCruiser constituent assurément un exploit qui laisse maintenant de moins en moins de place à la concurrence. Mais quelle est l’histoire derrière cette gigantesque entreprise?

En fait, elle vient d’abord et avant tout d’un homme et de sa vision : le fondateur Carl Kiekhaefer. En 1939, après un court séjour comme ingénieur en chef d’une importante usine, il reprit la faillite d’une petite entreprise de fabrication de hors-bord, Thor Outboards. Installé dans une sorte de ferme à Cedarburg, dans le Wisconsin, le nouveau propriétaire avait plutôt en tête la fabrication de produits magnétiques, mais l’inventaire révéla qu’environ 300 moteurs étaient encore dans l’usine. Cette production était spécifiquement destinée à la chaîne de magasins Montgomery Ward (sous le nom de Sea King) qui n’en voulait plus. Ils étaient mal conçus et la chaîne recevait de nombreuses plaintes.

Kiekhaefer, étant ingénieur de formation, comprit rapidement comment améliorer la conception de ces petits hors-bord et réussit à convaincre les plus que sceptiques dirigeants de Montgomery de les inclure dans leurs catalogues. En 1940, il fut également décidé de reprendre la production des modèles Thor, soit un 6.2, un 4.1 ainsi qu’un 2.4 ch à un cylindre. Le design extérieur fut complètement revu et, pour la première fois, proposait une unité intégrant toutes les composantes couvertes sous un capot fermé. Le pied du moteur incluait maintenant l’arbre de l’hélice, la prise d’eau et l’échappement dans une seule pièce hermétique. Pour faire image, c’est le même genre de design que l’on retrouve encore aujourd’hui, toutes marques confondues. Révolutionnaire et inégalé pour l’époque!

C’est aussi en 1940 que le nom Mercury fut introduit et présenté au New York Boat Show. M. Kiekhaefer demanda la permission à Ford qui détenait les droits commerciaux sur ce nom. Ces derniers acceptèrent pourvu que le nom « Kiekhaefer » précède celui de Mercury dans les affichages. Les avancées technologiques spectaculaires de cette compagnie naissante furent récompensées par des commandes incroyables d’environ 16 000 unités à la suite de l’exposition de New York. Par contre, à l’aube de la guerre, l’aluminium se fit rare en raison des restrictions de production guerrière et l’inventaire civil fut complètement écoulé en 1942. La corporation fabriqua plutôt des petits moteurs pour l’Armée américaine (pour des génératrices, pompes, compresseur, etc.).

Les années d’après-guerre firent exploser les ventes de hors-bord, toutes marques confondues, et Mercury, plus particulièrement, dut agrandir considérablement ses installations. Une nouvelle usine fut alors construite à « Fond du Lac » au Wisconsin. Un site de tests pour l’eau salée fut également installé à Sarasota, en Floride. La dénomination « Mark » fut introduite à la fin des années 40 pour désigner les modèles de la marque, mais elle fut remplacée dès 1960 par des désignations à numéros plus faciles à comprendre : la force du moteur avec l’ajout d’un zéro (un 10 forces se nommait « 100 », etc.). L’uniformisation de la marque continua avec l’introduction du premier Mercury complètement noir en 1962. Le premier hors-bord avec 100 ch (désigné « 1000 » se révéla un important coup publicitaire). De plus, l’innovation de l’échappement qui sortait au milieu de l’hélice arriva cette même année.

La plus grande réussite de leur histoire fut sans doute la commercialisation du pied hors-bord relié à un moteur inboard (sterndrive). Cette invention du fabricant de moteurs hors-bord Johnson, datant de 1930, n’avait pas réussi à percer le marché à cause de difficultés techniques importantes et le changement de conception de coque qu’elle imposait. En 1958, un jeune ingénieur de Mercury, Jim Wynn, alors âgé de 28 ans, réinventa le pied tel que nous le connaissons aujourd’hui : avec deux joints universels qui permettent de diriger la puissance sur un arbre de transmission en forme de « Z » entre le moteur et l’hélice. Il fut aidé d’un haut dirigeant de Mercury, Charlie Strang.

M. Kiekhaefer, craignant de perdre des ventes de hors-bord, ne fut absolument pas intéressé à le commercialiser. M. Wynn vendit alors son concept à Volvo-Penta qui le mit au point. Volvo-Penta fut donc le premier à le commercialiser en 1959. Kiekhaefer, voyant maintenant tout le potentiel du produit, développa sa propre version, mais pour accompagner des moteurs plus puissants que Volvo. La nouvelle dénomination dédiée à ce nouveau produit, MerCruiser, réussit en 1961 à mettre en marché des pieds convenant à des moteurs de 110 à 140 ch. Les pieds de la version suivante pouvaient accommoder des forces de 225 et jusqu’à 300 ch. Même si MerCruiser arriva deux ans et demi en retard sur le marché, la qualité de la conception propulsa les ventes et en fit le leader de ce marché. Encore aujourd’hui, il domine le marché mondial avec plus de trois millions d’unités vendues.

C’est également en 1961 que M. Kiekhaefer, actionnaire unique, décida de s’associer avec un partenaire d’envergure, Brunswick Corporation, alors un géant de l’industrie des quilles qui cherchait à se diversifier. La transaction pour acquérir l’entreprise de 4500 employés s’éleva à 34 millions de dollars. Mais les relations entre les deux entreprises (Kiekhaefer étant habitué à ne rendre de comptes à personne) se détériorèrent rapidement. De plus, Brunswick connut d’importantes difficultés financières dès 1962, ce qui restreignit considérablement le potentiel de développement à court terme de Mercury. Après une longue transition, Kiekhaefer sortit de l’entreprise qu’il avait fondée en 1970.

Dans la décennie 70, Mercury s’associa avec Yamaha pour la production d’une nouvelle division afin de percer le marché mondial : Mariner Outboards. Mais le véritable développement fut l’expansion sans précédent des moteurs et pieds MerCruiser. De plus, l’arrivée des produits Quicksilver aida fortement la prise de contrôle du marché en uniformisant toutes les composantes mécaniques (des jauges aux commandes électriques). Enfin, en 1986, Brunswick acheta Bayliner et Sea Ray, et est encore aujourd’hui l’une des plus grandes corporations mondiales du nautisme.

L’apport immense de Carl Kiekhaefer (décédé en 1983) est encore bien présent dans les produits nautiques motorisés d’aujourd’hui et ses innovations ont façonné l’histoire. Des petits hors-bord jusqu’aux moteurs haute performance des bateaux de course, la marque Mercury Marine et MerCruiser est encore présente partout sur nos eaux. L’héritage d’un géant…

Par Louis Gagnon

 

PHOTOS :

 

Photo 1 –

Une paire de Mercury Mark 55 1956, 40 ch, 4 cylindres.

 

Photo 2 –

1962 Mercury « Merc 1000 » de 90 pouces cubes, 100 ch, 6 cylindres, premier modèle peinturé en noir.

 

Photo 3 –

1958 Mercury 75H de course avec « échappement direct » 6 cylindres, 70 pouces cubes.

 

Photo 4 –

1950 Mercury KG-7 20 pouces cubes, 10 ch, 2 cylindres : un des modèles les plus populaires.

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