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Comment survivre à la mesure du bruit de votre moto par sonomètre?

bruit

Cette année, la SAAQ a lancé un projet pilote pour mesurer le bruit des motos, avec l’aide d’une quinzaine de corps policiers du Québec. Au premier abord, cela fait peur, et les associations de motocyclistes n’ont pas tardé à pétitionner et se plaindre de cette pression policière supplémentaire.

Mais la pression existait avant. Et elle était aléatoire et subjective, comme le fameux test de la broche qui consistait à passer une broche dans un silencieux pour déterminer sa légalité. D’ailleurs, les motos BMW de la police ne passaient pas ce test. Et que dire de la technique de la « trompette » qui confie à la vue ou à l’oreille la capacité de définir la légalité d’un pot d’échappement…

Donc, ce projet pilote est développé pour trois ans. Il a le mérite d’avoir une base scientifique. Cela consiste à mesurer le niveau sonore avec un sonomètre, un appareil peu connu ici, mais très répandu en Europe, où les polices et les organisateurs de compétitions l’utilisent fréquemment. Comme j’ai travaillé une dizaine d’années dans l’industrie de l’échappement, je vais vous éclairer un peu sur cette méthode.

Leçon 1 : Une spécialité québécoise
Les normes de Transports Canada sont définies avec des motos roulantes, ce qui explique que les normes de bruits sont de 81 dBA. Mais il faut traduire le niveau sonore quand la moto est à l’arrêt. C’est ce que réalisent les ingénieurs américains de l’ANSI dans leurs normes SAE, comme les normes SAE J2825 ou SAE J1287. La SAAQ aurait pu adopter ces normes, mais elle a préféré confier à un chercheur de l’Université Laval le soin d’adapter la norme américaine. Le Québec a hérité de la norme sonore la moins restrictive d’Amérique du Nord. Du moins pour certaines motos, car les mesures sont prises au même niveau de tours/minute (RPM) alors que toutes les motos n’ont pas la même limite de zone rouge.

 

Leçon 2 : Comment contester une mesure de sonomètre?
J’en vois qui ont sauté directement sur la leçon 2 sans lire la leçon 1! Ce que vous allez trouver ici, ce sont vos droits pour éviter une mauvaise manipulation du sonomètre. Il faut un calibreur pour vérifier la justesse du sonomètre. Celui-ci doit être installé sur un trépied, à 50 cm du silencieux d’échappement. Un anémomètre mesure la vitesse du vent. Il ne doit pas dépasser 10 mètres/seconde ou 36 km/h.

La température doit se situer entre 5 et 35 degrés (les motocyclistes délinquants vont encore plus adorer les chaudes journées d’été venteuses…). Dans le projet pilote, la pluie n’est pas mentionnée, mais il n’y a pas de mesures de niveaux sonores sous la pluie à cause de l’effet Doppler…

Le site de prise de son doit être plat et dégagé, avec un sol asphalté ou en béton. Le sable, la terre meuble ou les herbes ne sont pas acceptés. Il faut un dégagement de 2,5 m tout autour de la moto et il ne faut pas de présence d’arbre et de branches au-dessus du site.

Comme vous le voyez, il y a beaucoup de points à réunir pour réaliser un test de niveau sonore légal et beaucoup de possibilités de contestations légales également. Si un point n’est pas respecté, mentionnez-le (respectueusement) au policier, en glissant négligemment : « C’est dans le chapitre 5. »

Voici pour vos droits. Vous avez aussi des obligations. Celles de ne pas faire trop de bruit. Le niveau de 100 dBA permet de poser des échappements « after market ». Quand vous traversez des zones habitées, réduisez votre vitesse et roulez sur la vitesse supérieure pour abaisser le nombre de RPM.

Bonne route!

Par François Cominardi

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